Tour triangle : un sérieux revers pour Anne Hidalgo

le parisien

 

 

 

Huit mois seulement après son élection, l’ex-adjointe chargée de l’urbanisme de Bertrand Delanoë, aujourd’hui à la tête de la mairie de Paris, n’a pas réussi à obtenir une majorité sur la tour Triangle. Les opposants à ce gratte-ciel de 180 m, qui devait surplomber le parc des Expositions, à la porte de Versailles (XVe), l’ont emporté de cinq voix. Sur 163 conseillers de Paris, on dénombre 83 bulletins contre, 78 pour, un bulletin nul et un non-votant.

Anne Hidalgo savait qu’elle ne pouvait pas compter sur le soutien des écologistes, membres de sa majorité mais farouchement hostiles à ce projet. Mais, jusqu’au bout, elle avait espéré pouvoir détourner des voix de droite et du centre pour faire passer son projet.

En acceptant le vote à bulletin secret réclamé par le groupe socialiste, elle espérait ainsi « faciliter » le vote de conseillers de droite et du centre qui s’étaient manifestés en faveur de la tour sous l’ère Delanoë. « Des dizaines d’élus UMP et UDI-MoDem m’ont réclamé un scrutin secret. Et pas des moindres » a assuré Anne Hidalgo.

Estimant que le vote sur un dossier de cette envergure devait être « visible », « transparent » et donc public, Nathalie Kosciusko-Morizet, la patronne du groupe UMP, a demandé aux élus de droite de brandir leur bulletin avant de les déposer dans l’urne. Cette idée, qualifiée de « consigne stalinienne » par Jean-Louis Missika, l’adjoint (app. PS) chargé de l’urbanisme, a été suivie par les écologistes et même par certains socialistes, à l’image de Catherine Baratti-Elbaz, la maire PS du XIIe.

Voyant la partie perdue, Anne Hidalgo a sonné la fin de la récréation, déclarant la nullité du scrutin. « La loi n’a pas été respectée. Les gens n’ont pas voté en leur âme et conscience. Je n’imaginais pas pareilles pressions d’un autre âge. Joli spectacle pour la démocratie ! » a critiqué la maire de Paris. « Anne Hidalgo a commis une erreur en voulant passer en force, estime Yves Contassot, conseiller EELV de Paris. Elle aurait intérêt à proposer un nouveau projet plutôt que de s’enferrer .»

Quant à Jean-Bernard Bros, le président du groupe PRG, centre et indépendants, il s’avoue inquiet pour l’avenir. « On risque de se retrouver encore sans majorité sur des grands projets si la droite continue à faire de la politique politicienne », évoquant entre autres l’épineux dossier du travail le dimanche rejeté non seulement par les écologistes mais aussi par les communistes. Quant à Nathalie Kosciusko-Morizet, elle dénonce une « entorse à la morale politique », un « déni de démocratie » et une « forfaiture ». « Nous avons gagné » estime la députée UMP, qui a tenu à préciser que ce n’est pas la droite qui avait changé d’avis, mais le projet qui avait évolué. « On nous propose une tour de bureaux alors qu’avant on prévoyait un centre de congrès et une pépinière d’entreprises ».

Christine Henry. Edition du 18 nov. 2014