Débat d’actualité : Paris, après les attentats

Intervention de Jean-Bernard Bros, président du groupe RG-CI

Madame la Maire, Monsieur le Préfet de police, mes chers collègues,

Notre pays et notre Ville ont été durement touchés par les attentats meurtriers du 13 novembre. Nous partageons le deuil des familles et des proches des victimes. Nous savons que de nombreux parisiens sont encore sous le choc. Comme cela a été dit, ce sont la jeunesse, la mixité de nos quartiers, notre mode de vie et nos valeurs qui ont été attaqués. Un hommage national sera rendu aux victimes le 27 novembre qui permettra à chacun de se recueillir.

Jamais un attentat à Paris n’aura été aussi meurtrier. Face à l’horreur, nous devons répondre par l’action, la mobilisation et l’engagement de tous. C’est unis vers le même but que nous devons lutter contre le terrorisme.

Dans un tel contexte, il était nécessaire que des mesures d’exception soient prises au niveau national. La prolongation de l’état d’urgence, l’augmentation des effectifs des forces de sécurité sont ainsi des mesures indispensables. Notre ville doit les accompagner.

Nous regrettons évidemment l’annulation de certaines festivités et rassemblements. Mais nous pensons qu’il ne pourrait en être autrement pour la sécurité des citoyens. Nous avons vu, dimanche 15 novembre dans le Marais et sur la place de la République, ce qu’un incident minime peut provoquer comme panique. Les autorités doivent prévenir de tels mouvements de foule.

Il faudra d’ailleurs réfléchir à ce que la Ville pourrait faire pour former les parisiens aux bons réflexes en cas d’attaque et ce, dans les collèges, les mairies, ou les lieux publics. Cela se fait dans d’autres pays, c’est une réflexion que nous pourrions engager.

Les éléments que vous nous avez fournis, M. Le Préfet de Police, nous conforte dans le sérieux dont font preuve les autorités de l’État. Il nous faudra bien sûr réévaluer les dispositifs régulièrement. Mais chaque chose en son temps. Nous souhaitions surtout revenir sur ce qui relève de l’action et de la Ville. C’est là notre première responsabilité en tant qu’élu(e)s du Conseil de Paris.

Notre groupe souhaite ainsi saluer la mobilisation des services et des agents de la Ville. Grâce à la réactivité de tous, la gestion de ce terrible événement a été assurée, du mieux que cela pouvait l’être.Dès vendredi soir une cellule de crise a été mise en place, la mairie du 11ème a pu ouvrir ses portes pour accueillir les victimes. Nous pensons aussi aux nombreux dispositifs d’accueil et de soutien dans les mairies et les écoles.

Les agents municipaux se sont largement mobilisés. Je pense :

  • aux agents qui continuent d’œuvrer pour informer et orienter les habitants, les proches des victimes et les visiteurs,
  • mais aussi aux agents de la « fonctionnelle » qui étaient dans nos rues pour nettoyer les stigmates du massacre.

Puis il y la gestion de l’après.

Notre groupe soutiendra la mise en place de tous les dispositifs pris par la Ville, à court et moyen termes. Le versement d’une aide forfaitaire pour la remise en état des établissements touchés par les tirs, la mobilisation des aides exceptionnelles du CASVP ou encore la mobilisation des équipes de psychologues sont, par exemple, à saluer.

Après les attentats, la peur est bien légitime. Nous devons redonner confiance à tous dans l’espace public. Rues, couloirs de métro, terrasse de café, salles de spectacle, ils appartiennent aux parisiennes et parisiens.

La question de la sécurité est bien sûr au centre des débats. Dans les transports, hautement fréquentés, nous saluons le renforcement de la présence de policiers et de gendarmes sur le réseau RATP. Mais il nous faut garder en tête qu’il est difficile d’organiser et de contrôler les flux de voyageurs dans les lieux très passants aux multiples entrées.

Le risque zéro n’existe pas. Cependant, la coordination des différents acteurs de la sécurité est un enjeu majeur dans les transports. La question des portiques de sécurité, que ce soit à l’entrée des gares et stations de métros, tout comme à l’entrée des établissements culturels ou sportifs, doit être maniée avec précaution. Ces installations peuvent déplacer le risque : elles entrainent des files d’attente plus longues, dont la sécurité serait tout aussi difficile à assurer.

Des effectifs policiers ne pourront être déployés partout. La proposition de patrouilles ciblées, plutôt que de gardes statiques parait ainsi être une formule plus adaptée.

Un mot concernant la problématique des salles de spectacle. La fréquentation de ces lieux, repères de notre culture, a connu de fortes baisses. Comme le vœu l’indique, la ville doit soutenir les établissements culturels en lien avec le Ministère de la Culture.

Dans le cadre du Conseil Parisien de la Musique, une enveloppe de 2,5 millions a été attribuée pour l’insonorisation des salles de concerts. Nous nous demandons si cet argent ne pourrait pas être utilisé pour des travaux de sécurisation supplémentaires.

La vigilance annoncée à plus long terme, pour aider les commerçants qui ont dû fermer ou qui pourraient subir des baisses importantes de fréquentation, est une bonne nouvelle.

S’il est encore trop tôt pour évaluer les conséquences réelles des attentats sur la fréquentation touristique de notre ville, il faudra les observer et réagir avec toutes les mesures adéquates. Nous faisons confiance en l’exécutif pour cela.

Nous souhaitions également exprimer notre volonté de voir se poursuivre des actions de prévention. Car c’est aussi comme cela que nous pourrons construire une société plus apaisée. Le Contrat Parisien de Sécurité a établi une fiche action spécifique sur la question de la prévention de la radicalisation. Il prévoyait la mise en place de cellules de veille pilotées par la Préfecture de Police et dont la ville est un des partenaires.

Cette question nous semble primordiale tant nous voyons aujourd’hui que le basculement dans la violence concerne des profils variés. Un rapport de l’Institut National des Hautes Études de la Sécurité et de la Justice de 2015, consacré à la prévention de la radicalisation, plaidait en faveur d’un plus grand travail de proximité pour faciliter le repérage. Nous savons que la mise en place de ces actions de prévention est récente. Mais des inflexions en ce sens sont-elles prévues ? Je sais que Colombre Brossel pourra nous apporter des éléments sur ce point.

Enfin, la meilleure prévention est très certainement l’intégration de chacun dans la société, la connaissance et le respect des valeurs de la République.

Pour une société apaisée, les actions en faveur de la cohésion sociale, au plus près des citoyens, est primordiale. Au-delà des mesures de sécurité, il nous faudra être vigilant à ce que ces actions soient également renforcées pour que Paris plus que jamais, reste debout face aux attaques.

Je vous remercie