Face à l’horreur, défendons, unis, notre République

Suite aux attentats du 13 novembre 2015, le Conseil de Paris tenait lundi une séance exceptionnelle en hommage aux victimes. Jean-Bernard Bros intervenait au nom du groupe RG-CI.

Paris, le 16 novembre 2015

Monsieur le Préfet de Police, Madame la Maire, mes chers collègues,

Je m’adresse aujourd’hui à notre Assemblée avec une émotion, qui est, comme chez nous tous, encore vive. Vendredi soir, notre ville a été le théâtre d’un massacre aveugle et intolérable. Il est difficile de trouver les mots face à la violence dont nous avons été les témoins, violence dont trop de nos concitoyens ont été les victimes.

La tragédie que nous venons de vivre nous rappelle bien sûr d’autres sombres moments. Ces quelques jours de janvier 2015 qui sont encore dans les mémoires. Les 7 et 9 janvier ont marqué l’Histoire de notre ville, de notre pays, et bien au-delà. Nous aurons à présent à faire avec ce macabre jour du 13 novembre. Les massacres se sont déroulés à quelques mètres de distance, renvoyant par là même, un douloureux écho.

Nous sommes tous anéantis face à la violence qui s’est déchaînée vendredi aux abords du Stade de France, puis dans les Xème et XIème arrondissements, au milieu des rues, à la terrasse de cafés, de restaurants et dans la salle du Bataclan.

Des esprits fanatiques ont touché le cœur de notre cohésion sociale, des citoyens ordinaires qui partageaient ces moments de vie et de détente si chers à notre ville de Paris. Ces visages souriants et souvent jeunes qui se croisent, se retrouvent, se parlent et se rencontrent. Bref, ces endroits de vie que ces fanatiques exècrent, car ils exècrent l’humanité en ce qu’elle a de plus précieux.

Notre pensée va aux 129 victimes tuées par la folie meurtrière. Ces femmes et ces hommes vivaient tout simplement leur vie. Ils étaient comme nous, comme tous les parisiens. La haine d’esprits fanatiques les a emportés loin de nous.

Nous avons bien sûr une pensée pour les nombreux blessés, soignés dans les hôpitaux parisiens, et dont beaucoup sont entre la vie et la mort et dont ne pouvons qu’espérer le rétablissement. Une pensée aux proches de toutes les victimes. Nous partageons votre tristesse, votre douleur, votre colère. Nous partageons à notre modeste niveau, votre deuil, qui est celui de toute la France.

Mes chers collègues, nous devons nous montrer dignes de toutes ces personnes directement touchées par ce drame. Nous montrer dignes, c’est nous mobiliser avec lucidité et gérer avec sang-froid la situation dans les jours et les semaines qui viennent. Notre Assemblée avait su se rassembler et parler d’une même voix. Il ne peut en être autrement aujourd’hui.

Nous devons travailler ensemble à assurer la sécurité des parisiens. Nous soutenons le choix de mettre en place l’état d’urgence ainsi que l’engagement de l’ensemble des institutions qui ont pris les mesures nécessaires pour protéger nos concitoyens. La Maire de Paris, les adjoints concernés, les services de la ville, participent aussi à cette mobilisation avec la Préfecture de Police depuis trois jours. Merci à tous de travailler à assurer le service public et l’accueil des parisiens.

Nous avons également une pensée pour tous les personnels de police, de secours et de santé qui ont œuvré avec tant de courage face à l’horreur.

Le chef de l’État a appelé à l’unité contre la barbarie. Je souhaite avec force relayer ce message, même si cela va être un réel défi. L’ampleur du choc, la peur chez nos concitoyens favorisera les divisions et la recherche de boucs-émissaires. Nous devons être exemplaires, et nous ne devons pas céder à la psychose et aux tentations des accusations trop faciles.

Nous sommes encore dans la sidération, et pourtant cela a commencé. Et très bientôt, face à nous, les provocations, les appels à la haine, les amalgames faciles et dangereux se multiplieront. Ils doivent être combattus fermement, impitoyablement. Nous ne devons céder en rien sur ce qui fait les valeurs de la France. Nous ne devons pas reculer pour les défendre.

Les élus ont une responsabilité. Nous devons rassurer nos concitoyens légitimement inquiets. La fraternité et l’unité sont la seule manière de lutter contre la haine et le terrorisme.

Il ne faut pas se tromper d’ennemi. La France est en guerre, oui, contre Daech et pour défendre ce qui nous unis en tant que citoyens français. Toutes ces valeurs qui ont construit notre République : la liberté, l’amour de la démocratie, la coexistence de citoyens d’origines et d’horizons multiples font partie des fondamentaux avec lesquels nous ne pouvons transiger au risque de se renier.

C’est le message qu’il nous faut envoyer à ces terroristes. Ils ne nous diviseront pas, la République est plus forte et elle nous uni puissamment. Notre ville a toujours su surmonter les drames de l’Histoire. Elle le fera encore.

Cette force, cette conviction nous devons en faire témoignage en pensant à l’avenir, en ne renonçant pas à nos vies. Les parisiens ont déjà su faire montre de solidarité, en ouvrant leurs portes vendredi soir, en se rendant nombreux pour donner leur sang ce week-end. C’est cela qui doit nous rendre optimistes. C’est comme cela que chacun résistera à l’horreur.

Mes chers collègues, passé le temps de l’émotion, s’ouvre devant nous le temps du courage et de la mobilisation. Et comme le disait Nelson Mandela « Le courage n’est pas l’absence de peur, mais la capacité de la vaincre ». Nous ne céderons pas à l’impuissance. Nous disons aujourd’hui au monde entier que, dans l’unité, quoiqu’il arrive, nous défendrons notre République.

Je vous remercie