Pour un accueil digne et partagé des migrants à Paris

Intervention de Jean-Bernard Bros

Madame la Maire, mes chers collègues,

A Calais ou à Paris, les campements de réfugiés se multiplient sous l’œil, finalement impuissant, de nos collectivités.

L’arrivée de migrants en Europe n’est pas un phénomène qui va se tarir : guerre, pauvreté et changements climatiques sont le terreau de ces déplacements forcés de population. Fermer les yeux ou édifier des barrières n’y changera rien. Carrefour des itinéraires de nombreux réfugiés, Paris fait, aujourd’hui, de nouveau face à une situation d’urgence. Le contexte humanitaire est extrêmement difficile pour ces hommes et ces femmes qui ont tout quitté pour avoir la chance d’une vie meilleure.

Le développement de camps de fortunes autour de la Porte de la Chapelle est provoqué par deux phénomènes :

  • Une arrivée exponentielle de migrants en période estivale ;
  • Un engorgement du centre d’accueil lié au manquement de l’Etat, qui en cette période de transition, n’a pas su continuer à honorer ses engagement d’orientations vers les C.A.O.

Si, sur le premier point, notre action est vaine, nous avons une responsabilité sur le deuxième. Mais nous ne pouvons agir seuls, il nous faut interpeller nos partenaires qui ne peuvent plus se laver les mains de l’indignité dans laquelle nous maintenons ces hommes et femmes que nous laissons à la rue.

L’Etat doit à nouveau s’engager. Alors que le Président de la République a «appelé à une plus grande humanité» dans la gestion des migrants, il faut que les services de la Préfecture agissent en orientant plus rapidement vers les centres d’accueil adaptés. Les autres collectivités doivent aussi prendre leur part. En Ile-de-France, la société civile est fortement mobilisée pour accueillir et accompagner les migrants. Malheureusement, les institutions le sont un peu moins.

Il nous faut absolument réfléchir à un second lieu d’accueil. La Région Ile-de-France et la Métropole du Grand Paris doivent s’investir pleinement pour impulser la création de nouveaux sites sur le modèle parisien. L’accueil des réfugiés est de la responsabilité de tous et pas uniquement de Paris.

La possibilité de créer des camps provisoires autour du centre d’accueil, si nous en comprenons les raisons humanitaires pour assurer un minimum d’aide aux migrants, ne nous paraît pas être une solution viable. Le risque d’une persistance de ces camps de fortune dans le temps est risqué. Nous préférons mobiliser les institutions qui sont compétentes sur la question et qui doivent prendre leur responsabilité.

Nous savons aussi que c’est à un niveau plus global qu’un accueil digne des réfugiés pourra réellement être impulsé. Le chef de l’Etat a assuré que la réforme du droit d’asile faisait partie des «priorités du travail gouvernemental». Nous pensons que c’est une bonne chose et que le premier pas à faire est de revoir le protocole Dublin II, qui enferme les migrants au sein de leur premier pays européen de passage.

En parallèle, la situation d’urgence à laquelle nous devons faire face doit nous entraîner à penser les parcours d’intégration des réfugiés sur le long terme. La réussite des parcours d’intégration réside dans de nombreux facteurs : logement, travail, scolarisation. Ce sont tous ces enjeux que nous devons prendre à bras le corps, en demandant plus de moyens et réfléchir à nos outils d’intégration. C’est comme cela, que l’on pourra prévoir l’avenir et ne plus courir après le présent

Je vous remercie.