Evacuations des camps de réfugiés, travailler ensemble pour garantir une situation digne pour tous !

Retrouvez l’intervention de Laurence Goldgrab suite au débat organisé par la Maire de Paris sur les réfugiés

Enfin. Après 4 mois de demandes de mise à l’abri, d’échanges parfois musclés entre les différents interlocuteurs, le camp du Millénaire a été évacué. S’en sont suivis hier matin ceux de porte de la Chapelle et du Canal Saint-Martin.  Si, tous dans ce conseil aurions voulu que ces mises à l’abri aient lieu bien plus tôt, nous devons avant-tout nous réjouir qu’elles se soient bien déroulées pour les principaux concernés : les réfugiés.

Le droit a donc été appliqué. Le droit qu’ont ces hommes, ces femmes, ces enfants à une prise en charge par l’Etat, pour leur demande d’asile.

Après des mois d’incertitudes il nous faut désormais penser l’avenir, et proposer des solutions durables et tant que ce peut développer un travail partenarial avec le gouvernement.

Car année après année les scénarii se suivent et se répètent. Un camp s’installe, on s’y intéresse médiatiquement quand il prend de l’ampleur, on évacue et un autre prend sa place. Depuis plus de 3 ans l’histoire s’est répétée plus d’une trentaine de fois sans pour autant que des leçons soient tirées par l’Etat, sans pour autant que les conditions de vie, de dignité et de traitement des principaux concernés s’améliorent.

Paris a pris sa part. Faut-il rappeler  que notre territoire concentre 1/3 de l’hébergement d’urgence d’Ile de France sur seulement 1% de la superficie régionale ? Faut-il rappeler les 30 millions alloués à l’aide aux réfugiés sur ces 3 dernières années ? Faut-il rappeler le leadership de notre municipalité pour la création de deux centres de premier accueil en 2016 et 2017 ?

Si Paris agit, et je tiens une nouvelle fois à saluer le travail et l’engagement de ma collègue Dominique Versini, Paris ne peut agir seule et n’en a simplement pas la compétence.

Face à la détresse des situations auxquelles nous faisons face, nous devons d’agir de concert et en responsabilité avec l’Etat afin de construire des solutions bien au-delà des clivages politiques.

Nous en sommes capables et le texte de loi d’orientation et de programmation « pour l’accueil des migrants humanitaires et pour une politique d’intégration », voté par l’ensemble des groupes de ce conseil l’a prouvé.

Nous devons agir d’autant plus que la question migratoire est devant nous, car aux migrations économiques et politiques s’ajouteront les migrations climatiques et des réfugiés continueront d’arriver par la Méditerranée. En l’état nous ne sommes pas convaincus que le projet de loi asile sera en mesure de répondre à l’urgence de la situation.

Nous avons aujourd’hui besoin de plus de place et de fluidité dans le traitement des demandes.

Nous devons mener plus globalement une véritable réflexion sur l’intégration, proposer des pistes, des perspectives, bref un avenir dans la tradition d’accueil qui est la nôtre. Ce travail doit se faire sur le terrain avec les associations mais aussi avec l’Etat.

Et si l’on veut accueillir dignement, il est nécessaire d’avoir un centre d’accueil et d’hébergement au niveau. Aussi notre groupe apporte son soutien sans réserve à la création d’un nouveau centre humanitaire de premier accueil.

Ceux que l’on appelle les « dublinés » sont aujourd’hui dans un véritable no man’s land. Déboutés de leur demande de statut de réfugié, leur reconduction dans leur premier pays d’accueil est difficile pour ne pas dire inexistante notamment en Italie ou en Grèce.

Parce qu’on on laisse des êtres humains errer sans perspective d’amélioration ou d’intégration, qu’on les enferme dans des centres de rétention administrative et que les renvoyer en Italie après les derniers évènements politiques connus, doit nous amener à envisager d’autres solutions.

Aux problèmes que je viens de soulever il n’y a évidemment pas de solution miracle, la réponse ne pourra être ni parisienne ni franco-française.

Cela passe à mon sens par une suspension provisoire du règlement Dublin III jusqu’à sa révision comme l’a recommandé Jacques Toubon. Nous comptons donc sur le gouvernement pour faire entendre la voix de la France à ce sujet dès aujourd’hui.

Nous devons pouvoir prendre en charge tous les demandeurs afin de traiter leurs dossiers et n’en laisser aucun dans l’impasse actuelle en espérant que les États membres se saisissent enfin de la réforme Dublin IV et mettent fin à ce système injuste et inapplicable.

 

Pour conclure, j’ai une pensée au nom de l’ensemble du groupe radical de gauche centre et indépendants pour Mamoudou Gassama dont nous avons salué l’exploit hier. Le courage dont il a fait preuve doit nous inspirer. Néanmoins, si la République se doit d’honorer ses héros elle doit aussi protéger les plus faibles d’entre nous. Vous me permettrez donc d’avoir une pensée pour l’ensemble des réfugiés présents sur notre territoire, et  parmi eux Aymen, jeune tunisien de 25 ans qui, bien qu’ayant sauvé deux enfants des flammes, était encore hier sous le coup d’une obligation de quitter le territoire français avant que son cas ne soit médiatisé. L’avenir d’un homme ne peut tenir à l’unique médiatisation de son cas, ou nous ne pouvons envoyer le message que seuls les héros auront le droit de rester sur notre territoire, ce n’est pas le sens de notre héritage de terre d’asile. Quand on a traversé l’Afrique, survécu à un pays en guerre, subi la torture en Libye, traversé la méditerranée sur une barque ne prouve-t-on pas déjà faire preuve de courage ?